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Homophobie | 25.12.2014 - 09 h 45 | 4 COMMENTAIRES
L’homosexuel homophobe, l’étranger xénophobe, ou la difficulté d’assumer qui on est
livre

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« Un homo qui vote à droite, c’est comme une dinde qui voterait pour Noël ». Ce bon mot, un peu piquant, peut-être au goût amer, de Jean-Luc Romero, conseiller régional de gauche après avoir été de droite, résume à lui seul la perplexité dans laquelle on tombe rapidement quand on voit les changements d’orientation politique de certains, si on ne comprend pas à quel point il peut être difficile d’assumer ce qu’on est, et pourquoi c’est difficile.

La perplexité est encore plus grande quand on voit, il y a quelques jours, un militant, fondateur d’une asso homosexuelle liée précédemment à l’UMP, rejoindre l’extrême-droite : Comment un gay peut-il adhérer à un mouvement dont des responsables tiennent, depuis toujours, des propos si excluants pour toutes celles et tous ceux qui sont un peu différents du stéréotype du « français, blanc, hétéro, catho » ?

Ne vous y trompez pas, je ne suis pas en train de dire qu’on ne peut pas être homosexuel et de droite. J’en connais. Beaucoup. Mais ceux qui assument vraiment leur homosexualité ont, tout en restant à droite, dit leur soutien à l’égalité des droits. Les autres se sont positionnés contre l’égalité des droits (ou militent à l’extrême-droite) soit par calcul, soit par difficulté à assumer ce qu’ils sont.

Des universitaires canadiens (1) ont étudié les phases dans lesquelles passe une personne présentant une singularité avant d’assumer pleinement cette singularité. Ces phases, présentées ici de manière très résumées, passeront pour être trop simples, voire simplistes ; j’assume cette simplicité, pour les besoins de la présentation.

Ces phases sont au nombre de 4 : la négation, l’intériorisation de l’oppression, la différenciation, l’acceptation.

Pour illustrer ces 4 phases, je vais prendre pour exemple une personne qui commence à comprendre qu’elle est homosexuelle.

La première phase dans laquelle elle sera, sera celle du déni, de la négation. En quelque sorte, elle se dira ce qui suit : « Je pense que je suis homosexuel. La société me présente les homosexuels comme des anormaux, des malades, ou des pervers. Or, moi, je ne me sens ni anormal, ni malade, ni pervers. C’est surement que je ne suis pas homosexuel … ». Certains homosexuels qui sont dans cette phase vont, par exemple, avoir une vie « hétéro » : il y en a eu beaucoup dans les générations nées à l’époque où l’homosexualité était encore pénalisée et classée comme « maladie mentale ». Il y en a encore, car il est difficile d’accepter soi-même ce que les autres n’acceptent pas.

La deuxième phase, qui démarre parfois longtemps après la première, est celle de l’intériorisation, de l’auto-discrimination. Un peu comme si la personne se disait : « Je pense de plus en plus que je suis homosexuel. La société me présente les homosexuels comme des anormaux, des malades, ou des pervers. Or, moi, je pense de plus en plus que je suis homosexuel. C’est donc sans doute que je suis un peu anormal, malade ou pervers. ». C’est la phase dans laquelle les personnes « différentes » sont le plus mal : c’est là qu’elles s’aiment le moins, que leur « estime de soi » est au plus bas, qu’elles vont avoir le plus de comportements à risques.

Les deux premières périodes sont aussi celles où la personne « différente » aura parfois, pour se protéger, pour éviter d’être discriminer, un comportement très discriminatoire vis à vis des personnes qui lui ressemblent. Sans doute y avait-il, parmi celles et ceux qui criaient très fort dans les cortèges contre l’ouverture du mariage, des personnes dont on ignorait l’homosexualité mais qui étaient là pour qu’on soit bien certain – et pour être bien certaines elles-mêmes – de leur hétérosexualité.

La troisième phase, réellement mis en lumière par les scientifiques canadiens, est la phase de différenciation ou d’élitisme. Dans cette phase – dans laquelle sont les « dindes qui votent pour Noël » la personne homosexuelle se fera cette réflexion : « Je suis homosexuel. La société me présente les homosexuels comme des anormaux, des malades ou des pervers. Elle n’a pas tort car j’en ai rencontré des homos pervers, anormaux, malades. J’en ai rencontré des homos qui donnent une si mauvaise image de l’homosexualité. Mais moi, je suis différent d’eux, je suis mieux qu’eux. ». Cette phase, qui dure parfois très longtemps, est une période complexe à comprendre. C’est celle de l’homosexualité homophobe. La personne homosexuelle ne va pas supporter ceux qui donnent une image de l’homosexualité qui ne lui plait pas : les hommes efféminés, les filles masculines, les personnes séropositives au VIH, ceux qui veulent se marier, ceux qui veulent être parents, ceux qui vivent en couple, ou ceux qui restent célibataires, ceux qui sont dans « le milieu » ou ceux qui n’y sont pas… Parfois, malheureusement, certains restent « bloqués » dans cette phase, incapables de remettre en cause leur vision de la société. Incapable d’un peu de bienveillance. Incapable d’accepter que dans la différence il y aussi de la diversité.

La quatrième phase est celle de la vraie et totale acceptation de soi. Celle où la personne homosexuelle se dit : « Je suis homosexuel. La société me présente les homosexuels comme des anormaux, des malades, des pervers. J’en ai vu des pervers, des malades, mais pas plus chez les homos que chez les autres. Et j’ai vu des homos pas pervers, pas malades. Et moi je suis homo, ni pervers, ni malade, ni anormal. C’est sans doute que la société se trompe en transmettant ces images négatives, ces stéréotypes. Et je vais expliquer à la société qu’elle se trompe et en quoi elle se trompe. ».

On repère les personnes qui sont, enfin, arrivées dans cette phase, à leur sérénité et à leur cohérence. En général, aussi, à leur engagement. Mais pas à leur dogmatisme : Elles ont compris que les chemins de l’acceptation sont nombreux, difficiles, personnels à chaque individu. Il faut laisser à chacun le temps de faire son chemin. Son propre chemin.

L’homosexuel qui rejette une partie des homosexuels, l’étranger qui critique les étrangers arrivés après lui, ces personnes sont bloquées dans la 3eme phase. Elle peut être longue, très longue. Certains n’en sortent jamais.

Il faut leur dire qu’il y a encore un pas à faire. Il faut les encourager. Il faut les aider à prendre conscience qu’elles sont meilleures qu’elles ne le croient. Que leur sentiment de supériorité n’est que le déguisement de leur mal-être.

Pour que la société aille mieux, et qu’elle ne hiérarchise pas les êtres qui la composent en fonction de si petites différences.

Christophe Desportes-Guilloux

(1) Bill Ryan, professeur à l’Université de Québec à Montréal et Jean-Yves Frappier, pédiatre, ancien président de la société canadienne de pédiatrie. Je dois la transmission de cet apport théorique à la Ligue Française pour la Santé Mentale, et en particulier au pôle dirigé par Eric Verdier

Homophobie | 22.03.2014 - 06 h 10 | 0 COMMENTAIRES
En 2 heures, ils vont le transformer en homosexuel
lasergay

« Madame, Monsieur,

Dans le cadre des activités mises en place par le CESC (Comité d’éducation à la santé et à la citoyenneté), une intervention de deux heures aura lieu dans toutes les classes de 4eme, la semaine prochaine, ayant pour thème les discriminations et en particulier l’homophobie.

Cette intervention sera menée par des intervenants d’une association agréée par le Rectorat, et en présence des professeurs. »


– Marie-Do ! ça veut dire quoi ce truc ?
– Je ne sais pas, Momo ! C’est surement ces fameuses séances dont le Père Christian-Marie nous a parlé; tu sais le djèndeur !
– Je t’avais dit qu’il ne fallait pas que le grand aille dans ce collège de gauchistes. L’imam a bien fait de nous conseiller de mettre les petits à l’école Sainte-Marie-du-Rosaire; au moins, chez le Père Christian-Marie, ils sont à l’abri de ces conneries !
– Bon, je note sur le carnet qu’il n’ira pas.
– Ils veulent vraiment que tous les mômes deviennent pédés, c’est incroyable !

Madame, Monsieur,

Avez-vous bien lu le petit mot glissé dans le carnet de votre enfant ?

Il s’agit, pour une association, de parler des discriminations et d’homophobie.

Les discriminations, vous savez bien ce que c’est : rejeter l’autre parce qu’il est – ou qu’on suppose qu’il est – différent.
Les discriminations, vous vivez ça, régulièrement, à cause de votre apparence, de votre origine, de votre handicap, de votre religion, de votre sexe, de votre âge ou de plein d’autres raisons qui font que certains de nos concitoyens préfèrent rejeter ceux qui sont différents d’eux.
C’est bon, les discriminations, vous voyez ce que c’est ?
Et vous êtes contre, n’est-ce pas ?

Et l’homophobie ?

Quand on demande aux élèves de définir ce mot, ils lâchent brutalement « C’est ceux qu’on peur des pédés ! », ça permet aux bénévoles qui interviennent de dire, à la grande surprise de certains, que « pédé » et « gouine » sont des insultes.
Homophobie, c’est un mot un peu mal foutu, composé de « homo », comme « homosexualité », et de phobie.

– Vous connaissez d’autres mots qui se terminent par « phobie » ?
– Moi, M’sieur !
– Oui ?
– Arachnophobie !
– Oui, et c’est quoi l’arachnophobie ?
– C’est quand on a peur des araignées !
– Et ça se termine comment pour l’araignée ?
– Ben elle meurt !
– Tu es sûr que ça n’est que de la peur ? ça ne serait pas aussi de la haine ?
Si ça n’était que de la peur, on la laisserait tranquille, et on s’en irait. Mais c’est de la peur qui se transforme en haine. Alors on la tue.
Pour se débarrasser de l’araignée, et de la peur qu’on a d’elle.
L’homophobie, c’est la même chose, c’est de la peur de l’homosexualité, qui, parfois, se transforme en haine des homosexuels.

C’est donc d’homophobie qu’il est question lors de l’intervention dans la classe de votre enfant.
Pourquoi ?
Pas pour faire un cours de morale.
Parce que l’homophobie fait des ravages.
Les jeunes victimes d’homophobie font, beaucoup, beaucoup plus de tentatives de suicide que leurs camarades.
Ils sont plus souvent isolés, déprimés, en échec scolaire.
Ces interventions, qui ont commencé – rassurez-vous – bien avant que les socialistes arrivent au pouvoir, ont pour objectif d’apaiser le climat.

Apaiser le climat, pour que les élèves qui auraient un langage ou un comportement homophobes comprennent le mal qu’ils font. Qu’ils restent libres de penser ce qu’ils veulent, mais qu’ils ne doivent jamais exprimer leur homophobie d’une quelconque façon.

Apaiser le climat, pour que les élèves qui craignent d’être victimes d’homophobie sachent que les adultes, et l’école, sont là pour les protéger, comme tous les élèves.

Apaiser le climat, pour que celles et ceux qui se posent des questions sur leur orientation sexuelle – et  ils sont très nombreux – sachent que ce questionnement est très banal.
Que la plupart de ceux qui se questionnent finiront pas conclure qu’ils sont hétérosexuels, et que quelques uns parmi eux se diront qu’ils sont sans doute bisexuels ou homosexuels.
Mais que ça n’est plus, depuis des décennies, ni un délit ni une maladie mentale. Et surtout, que ça n’empêche pas le bonheur !

Apaiser le climat, aussi pour les enseignants, et les adultes des établissements, si souvent désemparés quand il y a un problème d’homophobie dans la classe ou la cour de récréation, à tel point que, parfois, ils laissent faire… comme si de rien n’était.

C’est de cela, Madame, Monsieur, qu’il sera question, pendant deux heures, dans la classe de votre enfant.

Pas pour le transformer en homosexuel : il est ce qu’il est. Ni ce que vous en avez fait, ni ce que d’autres en ont fait, il est seulement ce qu’il est.

Contrairement au titre de ce billet, personne n’a le pouvoir de transformer l’orientation sexuelle de quelqu’un.

Même pas la vôtre.

Oui, la vôtre… Vous n’y aviez pas réfléchi ?
Réfléchissez-y, faites-en le tour, et vous n’aurez plus peur qu’on change celle de vos enfants !

Christophe Desportes-Guilloux

Mariage, familles | 06.03.2014 - 08 h 52 | 0 COMMENTAIRES
Anti-mariage et haine des autres
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Mise à jour le 06/03/2014 à 16:21 : à la demande d’Alexandre CAPY, les visages figurants sur les photos sont floutés

Les manifs contre le « mariage pour tous » ont permis à certains de croire que des ailes leur ont poussé.

Ainsi, dans le Loiret, Alexandre Capy, jeune papa de 5 enfants, bon catholique traditionaliste, et qui a participé aux manifestations contre l’ouverture du mariage aux couples de personnes de même sexe.

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Pas « leader né » (à lire ici), mais qui a quand même suffisamment compris que l’alliance de certains paroissiens avec certains imams ne nuirait pas à la cause qu’il défend.

Voici donc que celui qui n’est pas un leader né, conduit une liste aux élections municipales dans sa commune, Ouzouer sur Trézée (1241 hab.), comme le rapporte La République du Centre ces jours-ci (à lire là).

Il est rare que dans une si petite commune il y ait plusieurs listes. Mais quand on sait que, dans cette commune, c’est la présidente du Front National qui est arrivé en tête de l’élection présidentielle, cela donne envie de s’intéresser aux candidats, et à leurs valeurs.

Recherche vaine concernant Alexandre Capy.

Sauf, un petit truc, sur Facebook.

Quelques photos, dans un album intitulé « un lundi d’entrée en dissidence ».

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On le voit, avec un prêtre en soutane, devant des enfants, s’entraîner à tirer à la carabine sur les portraits de François Hollande et de Martine Aubry.

S’entraîner à tirer sur la photo de quelqu’un ! Pour montrer quoi ? Pour prouver quoi ?

Pour expliquer aux enfants l’amour prôné par les évangiles ?

Non, juste pour montrer ce qui fonde le combat contre l’égalité : la haine des autres.

Christophe Desportes-Guilloux

 

Homophobie | Mariage, familles | 10.01.2014 - 13 h 49 | 0 COMMENTAIRES
Le député UMP, les homosexuels, et la dignité humaine
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Depuis la promulgation de la loi du 17 mai 2013, alors que des dizaines de mariages de couples de personnes de même sexe ont été célébrés dans le Loiret, on croyait la situation apaisée : aucun maire ne s’est opposé à ces célébrations, aucune manifestation n’a été organisée pour gêner les cérémonies, des centaines de personnes ont pu constater, en assistant à ces mariages, qu’ils étaient d’une banalité… bien naturelle.

C’était sans compter sur le besoin du député Claude de Ganay de s’en prendre, de manière quasi-réflexe, aux homosexuels.

Dans une proposition de loi qu’il cosigne avec une poignée de députés ultra-conservateurs, il indique que la loi ouvrant le mariage et l’adoption à tous les couples « porte en germe une atteinte irréversible à l’intégrité de l’espèce humaine ».

Le parlementaire sarkozyste pourrait-il préciser sa pensée ?

Il veut faire croire qu’un enfant qui naîtrait avec l’aide d’une procédure médicale (PMA) et qui serait élevé par deux femmes ou par deux hommes modifierait « l’espèce humaine » ?

Sait-il que des dizaines, voire des centaines de milliers d’enfants sont élevés par des couples de femmes et des couples d’hommes en France ? Et qu’ils vont bien !
Sait-il que des milliers d’enfants sont conçus, chaque année, par PMA, en Belgique ou en Espagne, et élevés par des couples homosexuels en France ? Et qu’ils vont bien !

Pourquoi le député du Loiret a-t-il régulièrement besoin de s’en prendre aux homosexuels ?
Participe-t-il à un concours, avec le député-maire de Montargis, de celui qui dira la plus grosse bêtise, pour encourager une partie de ces concitoyens à toujours se méfier des homosexuels, à les montrer du doigt, à les stigmatiser ?
Est-ce volontairement qu’il encourage, par des mots particulièrement choquants, l’augmentation de l’homophobie, la banalisation de la discrimination, le rejet de l’autre, l’expression de la haine ?

N’a-t-il toujours pas compris qu’il y a, dans son entourage, parmi ses amis, dans sa famille, chez l’ensemble de ses concitoyens, une personne sur 16 qui est homosexuelle, et qu’elle a droit au respect autant que les autres ?

A-t-il compris que c’est la haine et le mépris qui portent une atteinte irréversible à l’intégrité de l’espèce humaine ?

Mariage, familles | 20.10.2013 - 07 h 59 | 0 COMMENTAIRES
Je pleure, maintenant, lors des mariages
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A 48 ans, des mariages, j’en ai vécu.
Ceux des amis, de la famille.

Toujours un peu la même chose. Un peu d »émotion, surtout pour la mariée puisque le marié n’en est pas pourvu.
Les chapeaux, souvent ridicules, des belles-mères qui s’épient.
L’échange des consentements, vite expédié à la mairie par un élu qui fait de l’abattage, et parce que, « le vrai mariage, c’est à l’église ».

L’église, et sa marche nuptiale de supermarché, sa cérémonie si belle, si longue, si longue.
Le discours moralisateur, que tout le monde feint de croire. Le riz, ou les pétales de rose et les chères petites têtes blondes pour les photos, sur les marches.
Parfois, justement, un ventre arrondi qu’on tente de cacher avec la si belle robe; ou un enfant, ou deux, « nés avant, mais ça se fait de plus en plus, vous savez ».

La salle des fêtes, réhabilitée temporairement grâce au budget, épais, laissé à un wedding-planner.
Le DJ, un ami d’une amie, quelqu’un de très bien, à qui on a quand même précisé qu’on ne voulait pas trop de Patrick Sébastien.
Le cousin bourré qui devient indécent.

La mariée, ou sa mère, qui tout d’un coup, éclate en sanglot sans qu’on sache vraiment pourquoi.

Pas toujours très humain, un peu artificiel, imposé par la famille, ou par la société. Stéréotypé, stéréotypé.

Depuis le 17 mai dernier, et plus précisément depuis le 1er juin, je suis invité à des mariages. Tous les mois, voire plusieurs fois par mois.

Des couples de femmes, des couples d’hommes.

J’y retrouve les chapeaux ridicules, les pétales de rose ou des costumes un peu justes qu’on ressort pour l’occasion.
Je me retrouve dans la salle des fêtes, réhabilitée temporairement.
Le DJ, un ami d’une amie, ne s’est pas amélioré.

Mais il y a cette jeune femme, qui épouse sa compagne, mais dont l’ex-mari est présent. Par sa présence, avec leurs enfants, ils racontent des vies, des douleurs, des drames, du bonheur. Et des enfants habillés si chics pour le mariage de leur maman.

Il y a ces deux hommes, moins jeunes, qui se connaissent depuis plusieurs décennies, et qui n’auraient jamais pensé être les rois de la fête, tant ils ont vécu cachés.

Il y a ces deux femmes qui sont mariées par une élue « qui n’était pas du tout pour cette loi, mais quand je les ai rencontrées, qu’elles m’ont raconté leur vie, leur enfant né et celui qui allait naître, j’ai compris qu’il fallait, évidemment, que je les marie. »

Il y a cet homme, qui épouse son compagnon depuis 10 ans, en présence de son fils, mais pas de sa fille, mariée à un facho homophobe. Mais aussi en présence de sa maman chérie, 84 ans, et si jeune, si ouverte sur le monde qui l’entoure, monde pourtant si différent de celui de sa jeunesse, dans son île lointaine.

Il y aura, dans quelques semaines, ces deux femmes âgées d’une jolie cinquantaine, et dont c’est la deuxième vie, libre.
Il y aura, dans quelques jours, ces deux hommes, qui vivent à l’étranger, dans un pays « si beau, mais si fasciste », et qui viennent à Paris, pour célébrer 38 ans de vie commune.

Toutes ces mariées, tous ces mariés ont des histoires différentes. Mais tous ont vécu cette période de leur vie où ils se sont demandés s’ils n’étaient pas anormaux, malades.

Tous ont vécu le temps du déni, celui du mensonge, si lourd. Mentir. A tous. Puis à moins de monde. Puis à personne.

Tous ont soufflé, un peu, quand leur homosexualité n’a plus été considérée comme une maladie mentale, ni comme un possible délit.

Tous ont souffert en entendant les propos homophobes de certains réactionnaires, dans les mois passés; tout y était, le pire du pire.

Tous ont espéré qu’un jour, on les regarderait comme des couples comme les autres.

Ce jour est arrivé. Je l’ai vécu avec elles et avec eux, à St Jean de la Ruelle, à St Hilaire St Mesmin, à Moulon, à Toury, à Orléans.

Elles et ils s’appellent Hélène, Abby, Eric, Pascal, Karine, Magali, Cyril, Christophe, Lionel, Jean-Luc, Alberto, Marcello, Jean-Luc, Jean-Marie, Véronique et Véronique…

Et j’ai pleuré à leur mariage.

D’émotion, et de joie. Et un peu de victoire.

8637 | Homophobie | Mariage, familles | 28.08.2013 - 17 h 26 | 0 COMMENTAIRES
Nous ne sommes plus l’Albanie-occidentale des LGBT
ilgaanglaisFrance2012-2013

Depuis un an, la situation des personnes lesbiennes, gays, bi et trans (LGBT) a considérablement évolué en France.

Je n’ignore pas que l’absence d’un portage politique fort au plus haut niveau de l’Etat peut laisser un goût amer, et que « d’authentiques progrès finissent pas passer pour de pitoyables renoncements. » (1).

Chaque année l’ILGA Europe (International Lesbian and Gay Association) publie la situation des LGBT en Europe, pays par pays, et établit un classement. (2)

Même si sa méthode a légèrement changé cette année, il est tout à fait possible d’établir une comparaison entre la situation de notre pays en mai 2012 et celle d’aujourd’hui.

En mai 2012, la France était en 22e position sur 49, ex-aequo avec l’Albanie, la Roumanie, et la Serbie.

La France était alors, une sorte d’Albanie-occidentale pour les LGBT, avec une note de 6, plus proche de la terrifiante Russie (note : -4) que de l’Espagne (note : 20) ou du Royaume-Uni (note : 21).

Pour le classement 2013, le nouveau système de l’ILGA crée une échelle de 0 à 100, correspondant au degré d’égalité des LGBT. A un bout de l’échelle, toujours la Russie avec une note de 7/100. A l’autre, le mieux placé est le Royaume-Uni avec une note de 77/100.

Si la France n’avait pas bougé,qu’elle soit toujours avec la Serbie ou l’Albanie, elle aurait une note située entre 25 et 38.

Elle a, en mai 2013, après les différentes mesures prises par le gouvernement, une note de 64 sur 100.

La France a dépassé les Pays-Bas(60/100)

Elle est à quasi-égalité avec l’Espagne, le Portugal, la Suède (65/100).

Elle est devancée d’un cheveu par la Norvège (66/100) et la Belgique (67/100).

Il n’y a jamais eu, en France, en un an, autant de progrès pour les personnes LGBT.

Il n’y a pas eu, en Europe, de pays qui progresse aussi vite que la France cette année.

L’ILGA Europe établit son classement à partir de plusieurs dizaines de critères, auxquels elle attribue un poids. Afin de mieux visualiser à la fois l’avancée entre 2012 et 2013, et ce qu’il nous reste à faire, j’ai représenté les notes 2012 et 2013 sous la forme d’une « casse-tête » carré, où chaque forme correspond à un critère et à son poids :

ilgaanglaisFrance2012-2013

On voit ainsi, par les cases qui se sont colorées que les progrès de la France ont concerné plusieurs domaines :

  • l’égalité et la discrimination : l’adoption d’un plan gouvernemental de lutte contre les LGBT-phobies, et l’ajout dans la loi de la transphobie dans les critères de discrimination au travail, dans le logement et les services.
  • la famille : le mariage, l’adoption conjointe, et l’adoption de l’enfant du conjoint.
  • la loi pénale : condamnation des paroles et des actes transphobes.

Les cases qui restent blanches nous permettent de voir l’ampleur du chantier pour les mois et les années à venir.

Le principal chantier, en taille, concerne la situation des personnes Trans.

Viennent ensuite :

  • la situation des familles, avec la reconnaissance automatique (ou simplifiée) de la filiation et la PMA pour les couples de femmes et les femmes célibataires.
  • l’asile des LGBT, domaine dans lequel la France est à un niveau zéro, même si nos associations savent que des personnes LGBT obtiennent, heureusement, l’asile en France.
  • la situation des personnes intersexuées.

Loin de moi l’idée de vouloir décrire la situation des LGBT en France comme idyllique.

Je n’ignore pas les chantiers énormes qui restent à ouvrir.

Mais, peut-être, après des mois de combats, qui nous ont tous épuisés, pouvons-nous jeter un œil sur le chemin parcouru. Regarder le paysage, qui se dégage enfin.

Reconnaître l’effort collectif, voir la grande mobilisation de la société (absente en 1999 pour le Pacs), nous permettra de retrouver des forces pour les luttes qui nous restent à mener.

Sans décourager nos amis, nos militants, et nos partenaires.

Cet été, des couples se marient. Des familles vivent enfin au grand jour. Des faire-part de mariage se mêlent aux cartes postales de vacances. Des photos de couples souriants, entourés de leurs familles et leurs amis apparaissent sur nos réseaux sociaux. Goûtons cela. Appuyons nous sur ce bonheur pour retrouver des forces, pour reprendre, dès la rentrée, le chemin de l’égalité.

Christophe Desportes-Guilloux

(1) Denis Quinqueton, président d’HES (Homosexualités et Socialisme) « Liberté de conscience »http://dqfd.fr/2013/07/liberte-de-conscience/

(2) ILGA Europe : Rainbow Europe2013 http://www.ilga-europe.org/home/publications/reports_and_other_materials/rainbow_europe à comparer avec Rainbow Europe 2012 http://www.ilga-europe.org/home/publications/reports_and_other_materials/rainbow_europe_map_and_index_may_2012

Homophobie | 11.10.2013 - 04 h 44 | 0 COMMENTAIRES
Mariage pour tous orléanais : la droite et l’extrême-droite convolent !
orleansgay

Orléans, la préfecture tranquille du Loiret a mal vécu les débats de l’hiver et du printemps sur l’ouverture du mariage aux couples de personnes de même sexe.

J’en ai été plus que le témoin, puisque le premier tag homophobe a été fait contre moi, sur la porte extérieure de mon lieu de travail. Il n’était que le 1er d’une quinzaine de tags qui viseront le Centre LGBT d’Orléans, les permanences de la députée et du sénateur PS, et le siège du PS. Sans compter les dizaines de tags faits en ville. Tous signés de La Manif Pour Tous et du Printemps Français.

Les auteurs de ces tags n’agissaient pas seuls. Ils étaient l’écho « graphique » des propos tenus par les responsables politiques de droite du Loiret.

Deux adjoints UMP au maire de la ville, Charles-Eric Lemaignen, président de l’agglomération, et Michel Languerre, adjoint du quartier de La Source, ont signé « l’appel du collectif des maires pour l’enfance ».

Le député-maire UMP de Montargis, Jean-Pierre Door, a tenu, à de multiples reprises, des propos si particuliers sur les homosexuels qu’ont finira par se demander quelle hargne l’anime. Après avoir écrit au Centre LGBT, en mai 2012, qu’il était favorable à l’adoption, il déclarait le contraire en septembre, dans le journal local. A l’Assemblée, il comparait le mariage de deux personnes de même sexe au fait de prétendre « que le Père-Noël est une femme ». Plus tard, il expliquait avoir célébré un « dernier mariage normal », considérant sans doute les mariés homosexuels comme des anormaux, ce qui m’a valu d’être traité par lui « d’ayatollah ». Bref, son argumentaire si tourmenté, mais si acharné, a manifestement troublé les esprits de certains jeunes, à droite.

Très récemment, lors de la dernière séance du Conseil Général du Loiret, le vice-président UMP Christian Blumenfeld déclarait : « Je veux faire part de mon inquiétude, non pas pour le Loiret, mais pour l’avenir, pour les petits enfants et au niveau de la société. On assiste à la dégradation lente mais sûre de la société. Dans une nation où on marie les homosexuels, on peut s’attendre à tout. ».
On n’ose pas imaginer comment cet élu fait le lien entre le mariage des homosexuels, et la peur pour les petits enfants…

Pouvait-on espérer que la relève, la jeunesse, allait mieux faire ? Non.

Samedi dernier, les jeunes de l’UMP se réunissaient avec les jeunes de l’UDI, pour fêter l’alliance des jeunes de la droite et du centre.

C’était l’affichage officiel.

Car étaient également invités les jeunes de « La Manif Pour Tous », comme en a témoigné sur les réseaux sociaux un des participants, ainsi que, d’après plusieurs observateurs, les jeunes du « Printemps Français ».

photo "L'HebdO" du 9 octobre 2013

photo « L’HebdO » du 9 octobre 2013

La photo de la soirée, publiée dans l’HebdO, est encore plus explicite : on y voit un des jeunes invités faire le trop fameux signe de ralliement des amis de Dieudonné, le pseudo-humoriste homophobe et anti-sémite. Ce signe, cette « quenelle », qui n’est autre que le salut fasciste inversé.

24 heures après la publication, ni le responsable des jeunes de l’UMP, ni celui des jeunes de l’UDI n’ont cru bon de réagir.

A Orléans, les jeunes de droite s’acoquinent donc avec les jeunes d’extrême-droite.

A moins, qu’à leur manière, il s’agisse d’une nouvelle forme de « mariage pour tous » !

 

Christophe Desportes-Guilloux

Mariage, familles | 27.08.2013 - 11 h 17 | 0 COMMENTAIRES
Les faux chiffres des mariages de couples de même sexe
photo

photoLe journal Libération (1), dans un très joli dossier paru mardi 20 août 2013, dresse un premier panorama des « mariages pour tous ».

Les témoignages sont touchants, et les photos sont aussi ridicules que pour tous les mariages.

Par contre, le total des célébrations, estimé par Libé à 400 est faux. Totalement faux.

 

Le quotidien estime à 400 le nombre de couples homos qui se sont mariés, et se base sur un relevé auprès de quelques grandes villes.

Voici le détail donné par Libé :

Paris (145), Marseille (23), Lyon (23), Toulouse (24), Strasbourg (14), Montpellier (12), Bordeaux (13), Lille (11), Rennes (20), Reims (11), Le Havre (3), Grenoble (3)

Soit un total de 302 mariages.

La population totale de ces 12 villes s’élève à un peu moins de 6 millions d’habitants.

Comment Libé peut-il alors considérer qu’il n’y a eu que 100 mariages pour les 60 autres millions d’habitants ?

Libé considère-t-il que les homos ne vivent que dans les grandes villes ? On serait alors dans le cliché le plus éculé.

 

Pour exemple, dans le Loiret, département « standard », de 650 000 habitants, avec une seule grande ville, Orléans (115 000 habitants), voici où sont célébrés les mariages pour tous de l’été :

Orléans (115 000 habitants) : 1 mariage (peut-être 2), Fleury les Aubrais (21 000 hab), Saint Jean de la Ruelle (16 000 hab.), Saint-Hilaire-Saint-Mesmin (2 500 hab.), Chilleurs aux Bois (1900 hab.) Saint-Hilaire-lès-Andrésis (900 hab.), Bricy (540 hab.), Moulon (179 hab.). On peut y ajouter un couple d’orléanais qui se mariera à la campagne, en pleine Beauce (Toury, 2500 hab. en Eure-et-Loir).

Il y a donc eu 1 ou 2 mariages dans une grande ville, 2 en banlieue, 6 en zone rurale.

Et je ne compte là que les mariages dont j’ai été informé.

 

Le chiffre de Libé est donc assurément faux.

 

En comptant 300 mariages dans 10% de la population, pourquoi penser qu’il n’y en a eu que 100 dans les 90% restants ?

Combien y en a-t-il réellement ? Personne ne le sait tant que l’Insee n’a pas publié de chiffres, mais on peut sans doute considérer que les mariages se comptent déjà en milliers, et pas en centaines.

Aujourd’hui, France Info fait la même erreur de méthode, et la même erreur de conclusion que Libé.

Dans un article du 27 août 2013 (3), elle annonce 596 mariages, en ayant interrogé les 50 plus grandes villes de France, qui ne représentent qu’un habitant sur 6. On constate d’ailleurs qu’on passe de 300 mariages pour 6 millions d’habitants (Libé) à 600 mariages pour 10 millions d’habitants.

Le Monde (4) reprend bêtement les mêmes chiffres…

Dans l’enquête de Libé, on a 1 mariage pour 20 000 habitants.Dans celle de France Info, on en est à 1 mariage pour 17 000 habitants.

Si on considère que les couples homosexuels habitent de manière à peu près homogène sur le territoire, on est donc à plus de 3000 mariages depuis la promulgation.

Quel est le but recherché ? Je ne le sais pas, et à vrai dire je ne suis pas sûr qu’il y en ait…

Mais on voit immédiatement l’exploitation qu’en font les réactionnaires : Le Figaro (2) commentait dès le 21 août : « Tout ça pour ça ? » et indique que les couples « ne se bousculent pas en  mairie ».

Autrement dit, pour la droite, c’est une réforme pour rien. Comme si la vie de milliers de personnes homosexuelles qui se marient ne valaient pas grand chose !

 

Ce sont déjà des milliers de personnes dont la situation est sécurisée, et sans doute des centaines de parents qui vont pouvoir entamer la procédure d’adoption des enfants de leur conjoint, pour enfin faire correspondre la filiation légale avec la réalité de l’histoire de la famille.

Tout ça pour ça ? Oui, des droits, des devoirs, de la dignité reconnue et de la sécurité pour, déjà, des milliers de personnes !

 

Christophe Desportes-Guilloux

 

(1) http://www.liberation.fr/societe/2013/08/19/les-bagues-se-comptent-sur-les-doigts_925711

(2) http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2013/08/21/01016-20130821ARTFIG00454-les-premiers-pas-modestes-du-mariage-pour-tous.php

(3) http://www.franceinfo.fr/societe/596-mariages-gays-ont-ete-celebres-depuis-le-debut-de-la-loi-1121121-2013-08-27

(4) http://www.lemonde.fr/societe/article/2013/08/27/en-trois-mois-peu-d-unions-homosexuelles_3466901_3224.html

photo CDG, le gâteau du 1er mariage d’un couple de femmes, à St Jean de la Ruelle (Loiret)

8637 | 11.06.2011 - 08 h 09 | 0 COMMENTAIRES
Mariage : les députés du Loiret ne feront rien pour l’égalité

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Jeudi dernier, l’Assemblée nationale avait à débattre de la proposition de loi déposée par le groupe socialiste pour ouvrir le mariage à tous les couples.

Cette proposition de loi est d’une simplicité extrème : « Art. 143. – Le mariage peut être contracté par deux personnes de sexes différents ou de même sexe ».

Le reste de la proposition ne vise qu’à mettre le reste du code civil en conformité, du point de vue du vocabulaire, avec ce changement.

Sans revenir sur les raisons de cette réforme, qui vise à établir l’égalité des droits pour permettre à ceux et celles qui le souhaitent de protéger leur couple et leur famille, il faut rappeler que de nombreux débats ont déjà eu lieu chez nos voisins européens : Belgique, Pays-Bas, Espagne, Portugal, Suède, Norvège, Islande.

On voit bien là que l’égalité des droits n’est pas une lubie d’un groupuscule. Le parlement européen l’a d’ailleurs rappelé dans une résolution qui date de septembre 2003 – déjà 8 ans ! – et qui recommande « d’abolir toute forme de discrimination – législatives ou de facto – dont sont victimes les homosexuels, notamment en matière de droit au mariage et d’adoption d’enfants. »

Dans le Loiret, nous avons cinq députés. Grâce à des règles électorales qui ne favorisent pas la représentation de tous les citoyens et à un découpage des circonscriptions bien étudiés par la droite, les cinq députés sont tous de l’UMP.

Le site d’informations en ligne « Orléans Infos » a interrogé les cinq députés du Loiret pour leur demander leur avis sur la proposition de loi. Le résultat de cette enquête est particulièrement clair : personne ne se bat pour l’égalité.

Petit tour du Loiret… et de ses conservatismes :

Honneur à la seule femme députée du Loiret, qui ne doit cette fonction qu’au décès de celui dont elle était la suppléante : dans le Loiret l’UMP ne présente pas de femmes, symbole là-encore de son sens de l’égalité.
Marianne Dubois, députée de la 5e circonscription (Pithiviers) est claire : pour elle, c’est non ! Au moins cette position a-t-elle l’intérêt de la clarté. L’argumentaire fleure bon la fin du 20ème siècle : « Je suis contre ! Il y a déjà le PACS qui existe pour les couples homosexuels, la définition d’un mariage c’est de s’engager dans la fondation d’une famille ». Madame Dubois n’a donc jamais lu le code civil qui n’engage pas les conjoints à fonder une famille, et ignore le souhait de beaucoup de couples de même sexe de vouloir en fonder une. L’ignorance, comme base du conservatisme, du déjà vu.

Voyons quelles sont les positions de ses quatre collègues masculins.

Jean-Pierre Door, député de la 4ème circonscription (Montargis – Gien), est moins formel que sa collègue « Cela reste un sujet important qu’on ne peut pas exclure ». Ah oui… important… c’est à dire ? « Un sujet important, il faut réfléchir »… ben oui, c’est bien de réfléchir, surtout quand on fait la loi de la République… « mais actuellement ça n’est pas le moment ».
Voilà, pour le député Dorr, l’égalité attendra. Mais il fixe au moins un calendrier : « Ce sujet est un débat de société qui sera discuté lors du programme des présidentielles de 2012 ». Cette précision est importante pour deux raisons : cela nous confirme que l’UMP n’a toujours pas de programme, et cela prouve que Jean-Pierre Door suit de près l’actualité de la Marche des Fiertés parisienne et des Lesbian and Gay Pride dont le slogan est, cette année « Pour l’égalité, en 2011 je marche, en 2012 je vote ! »

Il reste trois députés. Et de ce côté-là, le manque de courage le dispute au mépris.

Le prix de la mauvaise foi revient à Olivier Carré, député de la 1ère circonscription (Orléans-sud) : « Actuellement sur le dossier de la loi de finance rectificative, je ne souhaite pas me prononcer pour le moment ». Un député « mono-tâche » donc, qui, apparemment, n’a d’avis que sur un dossier à la fois… et pour le moment, la priorité n’est pas l’égalité. Ceux qui connaissent sa grande intelligence verront sur ce sujet que sa mauvaise foi peut être aussi grande.

Que penser de l’absence d’avis du député de la 2e circonscription (Orléans-ouest), Serge Grouard ? « Je ne me prononce pas sur la question ». A quoi sert un député, s’il ne se prononce pas sur une proposition de loi ? Serge Grouard n’aurait pas d’avis sur l’ouverture du mariage à tous les couples ? Je n’en crois rien ! Le courageux député orléanais serait-il mal à l’aise ? Je ne veux pas le croire ! Je ne peux plus constater qu’une chose : l’ex-futur ministre dans un ex-futur gouvernement Borloo se résoud à l’idée d’abandonner son boulot de législateur.

Pour le dernier membre du club des cinq, Jean-Louis Bernard, député de la 3e circonscription (Orléans nord-est), l’heure de la retraite a déjà sonné. Alors qu’il a annoncé qu’il ne participerait pas aux élections de 2012, il ne répond pas plus aux interviews qu’il ne se prononce sur l’égalité. Le journaliste d’Orléans-Infos attend encore sa position.

Une députée contre, un député absent, et trois courageux qui ne se prononcent pas, l’UMP du Loiret est à la pointe du conservatisme. Mais cela ne surprend plus grand monde.

Les milliers de couples de même sexe du Loiret, les centaines d’enfants vivant dans un contexte homoparental dans notre département, savent qu’ils ne seront ni reconnus ni protégés par leurs députés.

L’égalité des droits ne passera pas par le Loiret en 2011.

En 2012, les partisans de l’égalité sauront pour qui ne pas voter !

Sources :
Proposition de loi : http://www.assemblee-nationale.fr/13/propositions/pion0586.asp
Article d’Orléans Infos : http://www.orleansinfos.fr/article.php?Id=2260&nocache=1307765643

Non classé | 09.06.2011 - 05 h 22 | 0 COMMENTAIRES
Droit de la famille : l’UMP est aussi réac que la droite de 1981 !

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L’UMP, à défaut d’avoir un programme pour 2012, a rédigé une critique des propositions des socialistes (1).

Concernant la proposition socialiste d’ouvrir le mariage et l’adoption à tous les couples, on retrouve dans l’argumentaire de la droite sarkozyste la faiblesse habituelle quand elle parle des mœurs :
« Une attaque en règle contre la famille »

‎ »Le PS veut autoriser le mariage et l’adoption pour les couples homosexuels !

Oui, le droit de mener une vie familiale s’applique à tous, quelle que soit son orientation sexuelle, mais cela n’implique pas le mariage ! Le PS veut le mariage homosexuel au nom de l’égalité, mais un couple d’un homme et d’une femme, ce n’est objectivement pas la même situation qu’un couple de 2 personnes de même sexe, il n’y a donc pas d’inégalité de situation entre les couples hétérosexuels et homosexuels ! »

C’est assez simple : deux homos, c’est pas comme deux hétéros, alors comme c’est pas pareil, on ne peut pas les comparer, et on ne peut donc pas dire qu’il y a inégalité…

C’est assez consternant, et on a du mal à croire que la droite croit vraiment en son argument. Ou alors il faut craindre qu’elle l’utilise pour tout : après tout, un homme et une femme, ça n’est pas pareil, pourquoi, alors, ne pas justifier la discrimination dont sont victimes les femmes ?

Mais surtout, cela m’a rappelé les débats du 20 décembre 1981, quand Robert Badinter et Gisèle Halimi ont proposé l’abrogation du deuxième alinéa de l’article 331 du code pénal qui réprimait « les actes impudiques et contre-nature »… (2)

Ben oui, pour la droite, l’homosexualité, c’était, en 1981, des actes impudiques et contre-nature…

Ah, la nature ! Heureusement qu’elle est là, avec la religion, pour justifier la morale des conservateurs !

Voyons donc comment la droite de l’époque argumentait contre cette proposition socialiste de mettre fin à toute pénalisation de l’homosexualité.

C’est le député Jean Foyer (mort en 2008), ancien garde des sceaux, et éminent gaulliste qui était à la manœuvre. Oui, un gaulliste, pas un de ces affreux « trop à droite »… non, non, un mec bien, on vous dit.

Extraits choisis :

« Ce que vous voulez, en réalité, c’est proclamer par la loi l’abrogation d’une morale et l’instauration d’une morale différente. La morale que les socialistes récusent, ce n’est pas seulement celle de la tradition judéo-chrétienne à laquelle j’ai personnellement l’honneur d’adhérer, c’est aussi la morale laïque, ce qu’affirmaient avec force les moralistes qui, au début de la IIIe République, étaient les collaborateurs de Jules Ferry et les fondateurs de l’école publique ».

puis plus loin…

« La morale que vous voulez proclamer légalement, indépendamment de toute considération religieuse ou philosophique, présente, sur le point dont nous délibérons, le défaut d’être – je veux parler un langage qui ne blesse personne – en désaccord évident avec l’anatomie et la physiologie. Mais cela ne vous importe guère. Dans la circonstance – je vous étonnerai peut-être mais c’est ma conviction profonde – votre attitude ressemble beaucoup à celle des juges de Galilée, car la réaction psychologique est la même : vous niez la nature en niant l’existence d’actes contre-nature, et cela au nom de votre idéologie. ».

Voila, tout est dit.

L’homosexualité n’est pas conforme à la morale ; L’homosexualité est en désaccord avec l’anatomie et la physiologie. L’homosexualité est contre-nature… La droite éternelle !

Et pourtant, dans son introduction, Gisèle Halimi avait brillamment expliqué ce qui fonde l’égalité des droits : « Il n’est pas possible, me semble-t-il, de prévoir des solutions différentes pour les hétérosexuels et les homosexuels, car cette discrimination repose en vérité, qu’on le dissimule ou non sous des arguments politiques ou de droit constitutionnel, sur un jugement moral implicite ou explicite : l’homosexualité est l’anormalité. »

Nous étions en 1981.

A relire l’argumentaire de 2011 contre la proposition socialiste, on s’aperçoit que la droite n’a pas changé. Si elle ne parle plus de morale, elle s’en réfère toujours à la nature : les homos sont « naturellement » différent des hétéros, on peut donc les traiter différemment. Et vouloir l’égalité des droits, c’est « une attaque en règle contre la famille »… Les homos contre la famille, la droite en est toujours là !

Pour la droite de 1981, l’homosexualité était l’anormalité.

Pour la droite de 2011, rien n’a changé.

Elle justifie l’inégalité par la nature.

Elle explique la discrimination par la morale.

Y a-t’il plus archaïque que la droite française ?

Sources :
(1) Argumentaire de l’UMP :
http://statique.lemouvementpopulaire.fr/DIVERS/AF-projet-PS.pdf
(2) Débat parlementaire de 1981 : http://archives.assemblee-nationale.fr/7/cri/7-1981-1982-ordinaire1.asp