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Mariage, familles | 20.10.2013 - 07 h 59 | 0 COMMENTAIRES
Je pleure, maintenant, lors des mariages

A 48 ans, des mariages, j’en ai vécu.
Ceux des amis, de la famille.

Toujours un peu la même chose. Un peu d »émotion, surtout pour la mariée puisque le marié n’en est pas pourvu.
Les chapeaux, souvent ridicules, des belles-mères qui s’épient.
L’échange des consentements, vite expédié à la mairie par un élu qui fait de l’abattage, et parce que, « le vrai mariage, c’est à l’église ».

L’église, et sa marche nuptiale de supermarché, sa cérémonie si belle, si longue, si longue.
Le discours moralisateur, que tout le monde feint de croire. Le riz, ou les pétales de rose et les chères petites têtes blondes pour les photos, sur les marches.
Parfois, justement, un ventre arrondi qu’on tente de cacher avec la si belle robe; ou un enfant, ou deux, « nés avant, mais ça se fait de plus en plus, vous savez ».

La salle des fêtes, réhabilitée temporairement grâce au budget, épais, laissé à un wedding-planner.
Le DJ, un ami d’une amie, quelqu’un de très bien, à qui on a quand même précisé qu’on ne voulait pas trop de Patrick Sébastien.
Le cousin bourré qui devient indécent.

La mariée, ou sa mère, qui tout d’un coup, éclate en sanglot sans qu’on sache vraiment pourquoi.

Pas toujours très humain, un peu artificiel, imposé par la famille, ou par la société. Stéréotypé, stéréotypé.

Depuis le 17 mai dernier, et plus précisément depuis le 1er juin, je suis invité à des mariages. Tous les mois, voire plusieurs fois par mois.

Des couples de femmes, des couples d’hommes.

J’y retrouve les chapeaux ridicules, les pétales de rose ou des costumes un peu justes qu’on ressort pour l’occasion.
Je me retrouve dans la salle des fêtes, réhabilitée temporairement.
Le DJ, un ami d’une amie, ne s’est pas amélioré.

Mais il y a cette jeune femme, qui épouse sa compagne, mais dont l’ex-mari est présent. Par sa présence, avec leurs enfants, ils racontent des vies, des douleurs, des drames, du bonheur. Et des enfants habillés si chics pour le mariage de leur maman.

Il y a ces deux hommes, moins jeunes, qui se connaissent depuis plusieurs décennies, et qui n’auraient jamais pensé être les rois de la fête, tant ils ont vécu cachés.

Il y a ces deux femmes qui sont mariées par une élue « qui n’était pas du tout pour cette loi, mais quand je les ai rencontrées, qu’elles m’ont raconté leur vie, leur enfant né et celui qui allait naître, j’ai compris qu’il fallait, évidemment, que je les marie. »

Il y a cet homme, qui épouse son compagnon depuis 10 ans, en présence de son fils, mais pas de sa fille, mariée à un facho homophobe. Mais aussi en présence de sa maman chérie, 84 ans, et si jeune, si ouverte sur le monde qui l’entoure, monde pourtant si différent de celui de sa jeunesse, dans son île lointaine.

Il y aura, dans quelques semaines, ces deux femmes âgées d’une jolie cinquantaine, et dont c’est la deuxième vie, libre.
Il y aura, dans quelques jours, ces deux hommes, qui vivent à l’étranger, dans un pays « si beau, mais si fasciste », et qui viennent à Paris, pour célébrer 38 ans de vie commune.

Toutes ces mariées, tous ces mariés ont des histoires différentes. Mais tous ont vécu cette période de leur vie où ils se sont demandés s’ils n’étaient pas anormaux, malades.

Tous ont vécu le temps du déni, celui du mensonge, si lourd. Mentir. A tous. Puis à moins de monde. Puis à personne.

Tous ont soufflé, un peu, quand leur homosexualité n’a plus été considérée comme une maladie mentale, ni comme un possible délit.

Tous ont souffert en entendant les propos homophobes de certains réactionnaires, dans les mois passés; tout y était, le pire du pire.

Tous ont espéré qu’un jour, on les regarderait comme des couples comme les autres.

Ce jour est arrivé. Je l’ai vécu avec elles et avec eux, à St Jean de la Ruelle, à St Hilaire St Mesmin, à Moulon, à Toury, à Orléans.

Elles et ils s’appellent Hélène, Abby, Eric, Pascal, Karine, Magali, Cyril, Christophe, Lionel, Jean-Luc, Alberto, Marcello, Jean-Luc, Jean-Marie, Véronique et Véronique…

Et j’ai pleuré à leur mariage.

D’émotion, et de joie. Et un peu de victoire.

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