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CDGOrléans
Homophobie | 25.12.2014 - 09 h 45 | 4 COMMENTAIRES
L’homosexuel homophobe, l’étranger xénophobe, ou la difficulté d’assumer qui on est

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« Un homo qui vote à droite, c’est comme une dinde qui voterait pour Noël ». Ce bon mot, un peu piquant, peut-être au goût amer, de Jean-Luc Romero, conseiller régional de gauche après avoir été de droite, résume à lui seul la perplexité dans laquelle on tombe rapidement quand on voit les changements d’orientation politique de certains, si on ne comprend pas à quel point il peut être difficile d’assumer ce qu’on est, et pourquoi c’est difficile.

La perplexité est encore plus grande quand on voit, il y a quelques jours, un militant, fondateur d’une asso homosexuelle liée précédemment à l’UMP, rejoindre l’extrême-droite : Comment un gay peut-il adhérer à un mouvement dont des responsables tiennent, depuis toujours, des propos si excluants pour toutes celles et tous ceux qui sont un peu différents du stéréotype du « français, blanc, hétéro, catho » ?

Ne vous y trompez pas, je ne suis pas en train de dire qu’on ne peut pas être homosexuel et de droite. J’en connais. Beaucoup. Mais ceux qui assument vraiment leur homosexualité ont, tout en restant à droite, dit leur soutien à l’égalité des droits. Les autres se sont positionnés contre l’égalité des droits (ou militent à l’extrême-droite) soit par calcul, soit par difficulté à assumer ce qu’ils sont.

Des universitaires canadiens (1) ont étudié les phases dans lesquelles passe une personne présentant une singularité avant d’assumer pleinement cette singularité. Ces phases, présentées ici de manière très résumées, passeront pour être trop simples, voire simplistes ; j’assume cette simplicité, pour les besoins de la présentation.

Ces phases sont au nombre de 4 : la négation, l’intériorisation de l’oppression, la différenciation, l’acceptation.

Pour illustrer ces 4 phases, je vais prendre pour exemple une personne qui commence à comprendre qu’elle est homosexuelle.

La première phase dans laquelle elle sera, sera celle du déni, de la négation. En quelque sorte, elle se dira ce qui suit : « Je pense que je suis homosexuel. La société me présente les homosexuels comme des anormaux, des malades, ou des pervers. Or, moi, je ne me sens ni anormal, ni malade, ni pervers. C’est surement que je ne suis pas homosexuel … ». Certains homosexuels qui sont dans cette phase vont, par exemple, avoir une vie « hétéro » : il y en a eu beaucoup dans les générations nées à l’époque où l’homosexualité était encore pénalisée et classée comme « maladie mentale ». Il y en a encore, car il est difficile d’accepter soi-même ce que les autres n’acceptent pas.

La deuxième phase, qui démarre parfois longtemps après la première, est celle de l’intériorisation, de l’auto-discrimination. Un peu comme si la personne se disait : « Je pense de plus en plus que je suis homosexuel. La société me présente les homosexuels comme des anormaux, des malades, ou des pervers. Or, moi, je pense de plus en plus que je suis homosexuel. C’est donc sans doute que je suis un peu anormal, malade ou pervers. ». C’est la phase dans laquelle les personnes « différentes » sont le plus mal : c’est là qu’elles s’aiment le moins, que leur « estime de soi » est au plus bas, qu’elles vont avoir le plus de comportements à risques.

Les deux premières périodes sont aussi celles où la personne « différente » aura parfois, pour se protéger, pour éviter d’être discriminer, un comportement très discriminatoire vis à vis des personnes qui lui ressemblent. Sans doute y avait-il, parmi celles et ceux qui criaient très fort dans les cortèges contre l’ouverture du mariage, des personnes dont on ignorait l’homosexualité mais qui étaient là pour qu’on soit bien certain – et pour être bien certaines elles-mêmes – de leur hétérosexualité.

La troisième phase, réellement mis en lumière par les scientifiques canadiens, est la phase de différenciation ou d’élitisme. Dans cette phase – dans laquelle sont les « dindes qui votent pour Noël » la personne homosexuelle se fera cette réflexion : « Je suis homosexuel. La société me présente les homosexuels comme des anormaux, des malades ou des pervers. Elle n’a pas tort car j’en ai rencontré des homos pervers, anormaux, malades. J’en ai rencontré des homos qui donnent une si mauvaise image de l’homosexualité. Mais moi, je suis différent d’eux, je suis mieux qu’eux. ». Cette phase, qui dure parfois très longtemps, est une période complexe à comprendre. C’est celle de l’homosexualité homophobe. La personne homosexuelle ne va pas supporter ceux qui donnent une image de l’homosexualité qui ne lui plait pas : les hommes efféminés, les filles masculines, les personnes séropositives au VIH, ceux qui veulent se marier, ceux qui veulent être parents, ceux qui vivent en couple, ou ceux qui restent célibataires, ceux qui sont dans « le milieu » ou ceux qui n’y sont pas… Parfois, malheureusement, certains restent « bloqués » dans cette phase, incapables de remettre en cause leur vision de la société. Incapable d’un peu de bienveillance. Incapable d’accepter que dans la différence il y aussi de la diversité.

La quatrième phase est celle de la vraie et totale acceptation de soi. Celle où la personne homosexuelle se dit : « Je suis homosexuel. La société me présente les homosexuels comme des anormaux, des malades, des pervers. J’en ai vu des pervers, des malades, mais pas plus chez les homos que chez les autres. Et j’ai vu des homos pas pervers, pas malades. Et moi je suis homo, ni pervers, ni malade, ni anormal. C’est sans doute que la société se trompe en transmettant ces images négatives, ces stéréotypes. Et je vais expliquer à la société qu’elle se trompe et en quoi elle se trompe. ».

On repère les personnes qui sont, enfin, arrivées dans cette phase, à leur sérénité et à leur cohérence. En général, aussi, à leur engagement. Mais pas à leur dogmatisme : Elles ont compris que les chemins de l’acceptation sont nombreux, difficiles, personnels à chaque individu. Il faut laisser à chacun le temps de faire son chemin. Son propre chemin.

L’homosexuel qui rejette une partie des homosexuels, l’étranger qui critique les étrangers arrivés après lui, ces personnes sont bloquées dans la 3eme phase. Elle peut être longue, très longue. Certains n’en sortent jamais.

Il faut leur dire qu’il y a encore un pas à faire. Il faut les encourager. Il faut les aider à prendre conscience qu’elles sont meilleures qu’elles ne le croient. Que leur sentiment de supériorité n’est que le déguisement de leur mal-être.

Pour que la société aille mieux, et qu’elle ne hiérarchise pas les êtres qui la composent en fonction de si petites différences.

Christophe Desportes-Guilloux

(1) Bill Ryan, professeur à l’Université de Québec à Montréal et Jean-Yves Frappier, pédiatre, ancien président de la société canadienne de pédiatrie. Je dois la transmission de cet apport théorique à la Ligue Française pour la Santé Mentale, et en particulier au pôle dirigé par Eric Verdier

Homophobie | 22.03.2014 - 06 h 10 | 0 COMMENTAIRES
En 2 heures, ils vont le transformer en homosexuel

« Madame, Monsieur,

Dans le cadre des activités mises en place par le CESC (Comité d’éducation à la santé et à la citoyenneté), une intervention de deux heures aura lieu dans toutes les classes de 4eme, la semaine prochaine, ayant pour thème les discriminations et en particulier l’homophobie.

Cette intervention sera menée par des intervenants d’une association agréée par le Rectorat, et en présence des professeurs. »


– Marie-Do ! ça veut dire quoi ce truc ?
– Je ne sais pas, Momo ! C’est surement ces fameuses séances dont le Père Christian-Marie nous a parlé; tu sais le djèndeur !
– Je t’avais dit qu’il ne fallait pas que le grand aille dans ce collège de gauchistes. L’imam a bien fait de nous conseiller de mettre les petits à l’école Sainte-Marie-du-Rosaire; au moins, chez le Père Christian-Marie, ils sont à l’abri de ces conneries !
– Bon, je note sur le carnet qu’il n’ira pas.
– Ils veulent vraiment que tous les mômes deviennent pédés, c’est incroyable !

Madame, Monsieur,

Avez-vous bien lu le petit mot glissé dans le carnet de votre enfant ?

Il s’agit, pour une association, de parler des discriminations et d’homophobie.

Les discriminations, vous savez bien ce que c’est : rejeter l’autre parce qu’il est – ou qu’on suppose qu’il est – différent.
Les discriminations, vous vivez ça, régulièrement, à cause de votre apparence, de votre origine, de votre handicap, de votre religion, de votre sexe, de votre âge ou de plein d’autres raisons qui font que certains de nos concitoyens préfèrent rejeter ceux qui sont différents d’eux.
C’est bon, les discriminations, vous voyez ce que c’est ?
Et vous êtes contre, n’est-ce pas ?

Et l’homophobie ?

Quand on demande aux élèves de définir ce mot, ils lâchent brutalement « C’est ceux qu’on peur des pédés ! », ça permet aux bénévoles qui interviennent de dire, à la grande surprise de certains, que « pédé » et « gouine » sont des insultes.
Homophobie, c’est un mot un peu mal foutu, composé de « homo », comme « homosexualité », et de phobie.

– Vous connaissez d’autres mots qui se terminent par « phobie » ?
– Moi, M’sieur !
– Oui ?
– Arachnophobie !
– Oui, et c’est quoi l’arachnophobie ?
– C’est quand on a peur des araignées !
– Et ça se termine comment pour l’araignée ?
– Ben elle meurt !
– Tu es sûr que ça n’est que de la peur ? ça ne serait pas aussi de la haine ?
Si ça n’était que de la peur, on la laisserait tranquille, et on s’en irait. Mais c’est de la peur qui se transforme en haine. Alors on la tue.
Pour se débarrasser de l’araignée, et de la peur qu’on a d’elle.
L’homophobie, c’est la même chose, c’est de la peur de l’homosexualité, qui, parfois, se transforme en haine des homosexuels.

C’est donc d’homophobie qu’il est question lors de l’intervention dans la classe de votre enfant.
Pourquoi ?
Pas pour faire un cours de morale.
Parce que l’homophobie fait des ravages.
Les jeunes victimes d’homophobie font, beaucoup, beaucoup plus de tentatives de suicide que leurs camarades.
Ils sont plus souvent isolés, déprimés, en échec scolaire.
Ces interventions, qui ont commencé – rassurez-vous – bien avant que les socialistes arrivent au pouvoir, ont pour objectif d’apaiser le climat.

Apaiser le climat, pour que les élèves qui auraient un langage ou un comportement homophobes comprennent le mal qu’ils font. Qu’ils restent libres de penser ce qu’ils veulent, mais qu’ils ne doivent jamais exprimer leur homophobie d’une quelconque façon.

Apaiser le climat, pour que les élèves qui craignent d’être victimes d’homophobie sachent que les adultes, et l’école, sont là pour les protéger, comme tous les élèves.

Apaiser le climat, pour que celles et ceux qui se posent des questions sur leur orientation sexuelle – et  ils sont très nombreux – sachent que ce questionnement est très banal.
Que la plupart de ceux qui se questionnent finiront pas conclure qu’ils sont hétérosexuels, et que quelques uns parmi eux se diront qu’ils sont sans doute bisexuels ou homosexuels.
Mais que ça n’est plus, depuis des décennies, ni un délit ni une maladie mentale. Et surtout, que ça n’empêche pas le bonheur !

Apaiser le climat, aussi pour les enseignants, et les adultes des établissements, si souvent désemparés quand il y a un problème d’homophobie dans la classe ou la cour de récréation, à tel point que, parfois, ils laissent faire… comme si de rien n’était.

C’est de cela, Madame, Monsieur, qu’il sera question, pendant deux heures, dans la classe de votre enfant.

Pas pour le transformer en homosexuel : il est ce qu’il est. Ni ce que vous en avez fait, ni ce que d’autres en ont fait, il est seulement ce qu’il est.

Contrairement au titre de ce billet, personne n’a le pouvoir de transformer l’orientation sexuelle de quelqu’un.

Même pas la vôtre.

Oui, la vôtre… Vous n’y aviez pas réfléchi ?
Réfléchissez-y, faites-en le tour, et vous n’aurez plus peur qu’on change celle de vos enfants !

Christophe Desportes-Guilloux

Homophobie | Mariage, familles | 10.01.2014 - 13 h 49 | 0 COMMENTAIRES
Le député UMP, les homosexuels, et la dignité humaine

Depuis la promulgation de la loi du 17 mai 2013, alors que des dizaines de mariages de couples de personnes de même sexe ont été célébrés dans le Loiret, on croyait la situation apaisée : aucun maire ne s’est opposé à ces célébrations, aucune manifestation n’a été organisée pour gêner les cérémonies, des centaines de personnes ont pu constater, en assistant à ces mariages, qu’ils étaient d’une banalité… bien naturelle.

C’était sans compter sur le besoin du député Claude de Ganay de s’en prendre, de manière quasi-réflexe, aux homosexuels.

Dans une proposition de loi qu’il cosigne avec une poignée de députés ultra-conservateurs, il indique que la loi ouvrant le mariage et l’adoption à tous les couples « porte en germe une atteinte irréversible à l’intégrité de l’espèce humaine ».

Le parlementaire sarkozyste pourrait-il préciser sa pensée ?

Il veut faire croire qu’un enfant qui naîtrait avec l’aide d’une procédure médicale (PMA) et qui serait élevé par deux femmes ou par deux hommes modifierait « l’espèce humaine » ?

Sait-il que des dizaines, voire des centaines de milliers d’enfants sont élevés par des couples de femmes et des couples d’hommes en France ? Et qu’ils vont bien !
Sait-il que des milliers d’enfants sont conçus, chaque année, par PMA, en Belgique ou en Espagne, et élevés par des couples homosexuels en France ? Et qu’ils vont bien !

Pourquoi le député du Loiret a-t-il régulièrement besoin de s’en prendre aux homosexuels ?
Participe-t-il à un concours, avec le député-maire de Montargis, de celui qui dira la plus grosse bêtise, pour encourager une partie de ces concitoyens à toujours se méfier des homosexuels, à les montrer du doigt, à les stigmatiser ?
Est-ce volontairement qu’il encourage, par des mots particulièrement choquants, l’augmentation de l’homophobie, la banalisation de la discrimination, le rejet de l’autre, l’expression de la haine ?

N’a-t-il toujours pas compris qu’il y a, dans son entourage, parmi ses amis, dans sa famille, chez l’ensemble de ses concitoyens, une personne sur 16 qui est homosexuelle, et qu’elle a droit au respect autant que les autres ?

A-t-il compris que c’est la haine et le mépris qui portent une atteinte irréversible à l’intégrité de l’espèce humaine ?

Homophobie | 11.10.2013 - 04 h 44 | 0 COMMENTAIRES
Mariage pour tous orléanais : la droite et l’extrême-droite convolent !

Orléans, la préfecture tranquille du Loiret a mal vécu les débats de l’hiver et du printemps sur l’ouverture du mariage aux couples de personnes de même sexe.

J’en ai été plus que le témoin, puisque le premier tag homophobe a été fait contre moi, sur la porte extérieure de mon lieu de travail. Il n’était que le 1er d’une quinzaine de tags qui viseront le Centre LGBT d’Orléans, les permanences de la députée et du sénateur PS, et le siège du PS. Sans compter les dizaines de tags faits en ville. Tous signés de La Manif Pour Tous et du Printemps Français.

Les auteurs de ces tags n’agissaient pas seuls. Ils étaient l’écho « graphique » des propos tenus par les responsables politiques de droite du Loiret.

Deux adjoints UMP au maire de la ville, Charles-Eric Lemaignen, président de l’agglomération, et Michel Languerre, adjoint du quartier de La Source, ont signé « l’appel du collectif des maires pour l’enfance ».

Le député-maire UMP de Montargis, Jean-Pierre Door, a tenu, à de multiples reprises, des propos si particuliers sur les homosexuels qu’ont finira par se demander quelle hargne l’anime. Après avoir écrit au Centre LGBT, en mai 2012, qu’il était favorable à l’adoption, il déclarait le contraire en septembre, dans le journal local. A l’Assemblée, il comparait le mariage de deux personnes de même sexe au fait de prétendre « que le Père-Noël est une femme ». Plus tard, il expliquait avoir célébré un « dernier mariage normal », considérant sans doute les mariés homosexuels comme des anormaux, ce qui m’a valu d’être traité par lui « d’ayatollah ». Bref, son argumentaire si tourmenté, mais si acharné, a manifestement troublé les esprits de certains jeunes, à droite.

Très récemment, lors de la dernière séance du Conseil Général du Loiret, le vice-président UMP Christian Blumenfeld déclarait : « Je veux faire part de mon inquiétude, non pas pour le Loiret, mais pour l’avenir, pour les petits enfants et au niveau de la société. On assiste à la dégradation lente mais sûre de la société. Dans une nation où on marie les homosexuels, on peut s’attendre à tout. ».
On n’ose pas imaginer comment cet élu fait le lien entre le mariage des homosexuels, et la peur pour les petits enfants…

Pouvait-on espérer que la relève, la jeunesse, allait mieux faire ? Non.

Samedi dernier, les jeunes de l’UMP se réunissaient avec les jeunes de l’UDI, pour fêter l’alliance des jeunes de la droite et du centre.

C’était l’affichage officiel.

Car étaient également invités les jeunes de « La Manif Pour Tous », comme en a témoigné sur les réseaux sociaux un des participants, ainsi que, d’après plusieurs observateurs, les jeunes du « Printemps Français ».

photo "L'HebdO" du 9 octobre 2013

photo « L’HebdO » du 9 octobre 2013

La photo de la soirée, publiée dans l’HebdO, est encore plus explicite : on y voit un des jeunes invités faire le trop fameux signe de ralliement des amis de Dieudonné, le pseudo-humoriste homophobe et anti-sémite. Ce signe, cette « quenelle », qui n’est autre que le salut fasciste inversé.

24 heures après la publication, ni le responsable des jeunes de l’UMP, ni celui des jeunes de l’UDI n’ont cru bon de réagir.

A Orléans, les jeunes de droite s’acoquinent donc avec les jeunes d’extrême-droite.

A moins, qu’à leur manière, il s’agisse d’une nouvelle forme de « mariage pour tous » !

 

Christophe Desportes-Guilloux

8637 | Homophobie | Mariage, familles | 28.08.2013 - 17 h 26 | 0 COMMENTAIRES
Nous ne sommes plus l’Albanie-occidentale des LGBT

Depuis un an, la situation des personnes lesbiennes, gays, bi et trans (LGBT) a considérablement évolué en France.

Je n’ignore pas que l’absence d’un portage politique fort au plus haut niveau de l’Etat peut laisser un goût amer, et que « d’authentiques progrès finissent pas passer pour de pitoyables renoncements. » (1).

Chaque année l’ILGA Europe (International Lesbian and Gay Association) publie la situation des LGBT en Europe, pays par pays, et établit un classement. (2)

Même si sa méthode a légèrement changé cette année, il est tout à fait possible d’établir une comparaison entre la situation de notre pays en mai 2012 et celle d’aujourd’hui.

En mai 2012, la France était en 22e position sur 49, ex-aequo avec l’Albanie, la Roumanie, et la Serbie.

La France était alors, une sorte d’Albanie-occidentale pour les LGBT, avec une note de 6, plus proche de la terrifiante Russie (note : -4) que de l’Espagne (note : 20) ou du Royaume-Uni (note : 21).

Pour le classement 2013, le nouveau système de l’ILGA crée une échelle de 0 à 100, correspondant au degré d’égalité des LGBT. A un bout de l’échelle, toujours la Russie avec une note de 7/100. A l’autre, le mieux placé est le Royaume-Uni avec une note de 77/100.

Si la France n’avait pas bougé,qu’elle soit toujours avec la Serbie ou l’Albanie, elle aurait une note située entre 25 et 38.

Elle a, en mai 2013, après les différentes mesures prises par le gouvernement, une note de 64 sur 100.

La France a dépassé les Pays-Bas(60/100)

Elle est à quasi-égalité avec l’Espagne, le Portugal, la Suède (65/100).

Elle est devancée d’un cheveu par la Norvège (66/100) et la Belgique (67/100).

Il n’y a jamais eu, en France, en un an, autant de progrès pour les personnes LGBT.

Il n’y a pas eu, en Europe, de pays qui progresse aussi vite que la France cette année.

L’ILGA Europe établit son classement à partir de plusieurs dizaines de critères, auxquels elle attribue un poids. Afin de mieux visualiser à la fois l’avancée entre 2012 et 2013, et ce qu’il nous reste à faire, j’ai représenté les notes 2012 et 2013 sous la forme d’une « casse-tête » carré, où chaque forme correspond à un critère et à son poids :

ilgaanglaisFrance2012-2013

On voit ainsi, par les cases qui se sont colorées que les progrès de la France ont concerné plusieurs domaines :

  • l’égalité et la discrimination : l’adoption d’un plan gouvernemental de lutte contre les LGBT-phobies, et l’ajout dans la loi de la transphobie dans les critères de discrimination au travail, dans le logement et les services.
  • la famille : le mariage, l’adoption conjointe, et l’adoption de l’enfant du conjoint.
  • la loi pénale : condamnation des paroles et des actes transphobes.

Les cases qui restent blanches nous permettent de voir l’ampleur du chantier pour les mois et les années à venir.

Le principal chantier, en taille, concerne la situation des personnes Trans.

Viennent ensuite :

  • la situation des familles, avec la reconnaissance automatique (ou simplifiée) de la filiation et la PMA pour les couples de femmes et les femmes célibataires.
  • l’asile des LGBT, domaine dans lequel la France est à un niveau zéro, même si nos associations savent que des personnes LGBT obtiennent, heureusement, l’asile en France.
  • la situation des personnes intersexuées.

Loin de moi l’idée de vouloir décrire la situation des LGBT en France comme idyllique.

Je n’ignore pas les chantiers énormes qui restent à ouvrir.

Mais, peut-être, après des mois de combats, qui nous ont tous épuisés, pouvons-nous jeter un œil sur le chemin parcouru. Regarder le paysage, qui se dégage enfin.

Reconnaître l’effort collectif, voir la grande mobilisation de la société (absente en 1999 pour le Pacs), nous permettra de retrouver des forces pour les luttes qui nous restent à mener.

Sans décourager nos amis, nos militants, et nos partenaires.

Cet été, des couples se marient. Des familles vivent enfin au grand jour. Des faire-part de mariage se mêlent aux cartes postales de vacances. Des photos de couples souriants, entourés de leurs familles et leurs amis apparaissent sur nos réseaux sociaux. Goûtons cela. Appuyons nous sur ce bonheur pour retrouver des forces, pour reprendre, dès la rentrée, le chemin de l’égalité.

Christophe Desportes-Guilloux

(1) Denis Quinqueton, président d’HES (Homosexualités et Socialisme) « Liberté de conscience »http://dqfd.fr/2013/07/liberte-de-conscience/

(2) ILGA Europe : Rainbow Europe2013 http://www.ilga-europe.org/home/publications/reports_and_other_materials/rainbow_europe à comparer avec Rainbow Europe 2012 http://www.ilga-europe.org/home/publications/reports_and_other_materials/rainbow_europe_map_and_index_may_2012